Les Poèmes de Valentine ©  
 
 
Le Reposoir
 
Pressée tel un citron, vidée de toute substance,
Comme une pauvre loque qu'on lâche d'un seul coup
Ne sachant plus que faire, privée de consistance,
Errant comme âme en peine qui cherche un garde-fou.
 
C'est dans cet état là qu'un hasard de la vie
Me mena près d'un site blotti dans la montagne
Où l'on arrive à pied, le bruit n'est pas permis
Seuls, beauté et silence sont ici des compagnes.
 
Devant ce monastère fondé par Jean d'Espagne
Sur un domaine en friches il y a des années,
Un plan d'eau magnifique vous accompagne
Jusqu'à la lourde porte à certaines heures fermée.
 
Derrière l'immense bâtisse, devenue un carmel
Domine la Pointe percée, au sommet enneigé,
Le village n'est pas loin, caché derrière l'ombrelle
De la verdure des arbres, si belle durant l'été.
 
Vingt soeurs vivent ici, belle saison ou froideur,
Vouant leur vie à Dieu dans une théocratie,
Communauté rythmée par la prière des Heures,
Lorsqu'on les aperçoit c'est presque par magie.
 
Des anges qui ouvrent la porte et vendent l'artisanat,
En haut dans les jardins, solitaires çà et là,
A genoux en chapelle, mais presque dans l'au-delà.
C'est le souvenir fort que mon coeur gardera.
 
La journée était chaude, le plan d'eau un miroir
Dans lequel, ô miracle posait le Reposoir,
C'est le nom du village et aussi du saint lieu
Où ce jour là je pense, j'étais très près de Dieu.
 
Bien des fois j'ai pensé à cette journée là.
Le souvenir n'est point, ma santé, ce combat,
Mais dans cette embellie, que j'ai trouvé ma foi,
Près de la Colombière dans la Haute-Savoie.
 
Valentine
 
 
 
 
Tour de France
 
La France est en vacances, sur le bord des routes
Règne une effervescence digne des plus grands jours,
On crie, on applaudit, ce n'est pas la déroute
Mais seulement le passage des hommes du grand tour.
 
Les marques publicitaires ont bien chauffé la foule
Distribuant çà et là, babioles, échantillons,
En short, en espadrilles, on crie et se défoule
Depuis bien des années c'est le grand tourbillon.
 
Tandis que ce monde sue, je suis distraitement
Les exploits des coureurs sur leurs deux roues magiques,
Mais sors de ma torpeur lorsque soudainement
L'hélicoptère survole, ô vues si idylliques.
 
La France vue d'en haut, oh ! mon dieu que c'est beau !
Tantôt petits plans d'eau entourés de verdure,
Ou bien longues rivières traversant les hameaux,
Et puis aussi les fleuves courant vers l'embouchure.
 
Et toutes ces toitures de la même couleur,
En tuiles régionales ou bien en bleu ardoise,
Convergent comme un seul homme vers le toit du Seigneur
Dont le coq du clocher de sa hauteur les toise. 
 
Et puis c'est si grandiose quand la montagne est là
Avec ses verts alpages aux sentiers sinueux
Où paissent tranquillement des vaches dans le replat,
Ses cascades, ses torrents, ses précipices rocheux.
 
Pour le bouquet final sur les Champs Elysées,
Les bateaux-mouches glissent sous les ponts de la Seine,
La Tour Eiffel supplante les coureurs fatigués,
La capitale en fête célèbre la petite reine.
 
Valentine  
 
 
 
 
GRANDS-MERES JE VOUS AIME
Réalisé par Valentine
 
Une fête de plus sur le calendrier,
Etait-elle nécessaire pour ne point oublier,
Ces êtres au coeur tendre comme celui d'un enfant,
Et que, avec bonheur, l'on nomme grand-maman.
 
J'en ai des souvenirs, qui malgré les années
Me parlent en odeurs, comme celle d'un café,
D'une bonne tarte aux prunes, de tomates farcies.
Le secret de cela, c'est toi mémé Marie.
 
Images plus loufoques dont j'ai gardé l'empreinte
Toute l'exubérance, flamme jamais éteinte,
Grimaces pour faire rire, sortir de la routine,
Au grand dam des parents, c'est mémé Valentine.
 
Vous étiez en ce temps, oui tout de noir vêtues,
Et l'on vous respectait, modèle de vertu.
Vieilles avant votre âge avec vos cheveux blancs,
Vous n'avez pas connu les shampoings colorants.
 
On vous appelait mémé, quelquefois même mémère,
Petits mots caressants, vous étiez nos grand-mères.
On se hâtait chez vous les jours sans école,
Et vous confiait secrets, tout cela sans protocole.
 
Vous êtes en ma mémoire, vivantes à jamais,
Toutes vos leçons de vie, sont en moi désormais.
En ce jour désigné, recevez ce poème,
Et où que vous soyez, grand-mères je vous aime.
 
Valentine
 
 
 
Mon beau labrador
 
J'étais à la retraite, ouf ! fini le boulot,
J'allais enfin pouvoir concrétiser mes rêves,
Et me voyais déjà heureux sur mon vélo,
Sifflant et chantonnant, jouissant de cette trêve.
 
Lorsque trois jeunes dames eurent l'idée saugrenue,
De m'offrir en présent pour fêter ce grand jour,
Une petite boule toute noire, par une laisse tenue,
Frétillant de la queue pour me dire bonjour !
 
Oui c'était toi, mon Jeff, t'avais juste deux mois,
Et dans ma tête soudain branle-bas de combat ;
Qu'allais-je faire de ce toutou chez moi ?
Adieu ma liberté et bonjour les ébats !
 
Plus de branche aux lunettes, ni carte d'identité,
C'était avec cela que tes crocs s'amusaient,
Au grand dam de Fan dont la complicité
Evidente avec toi, bien des fois m'agaçait.
 
Je me fis dominant, tu fus le dominé,
Ceci pour t'inculquer toutes les bonnes manières,
Ce ne fut pas facile, la chose n'est pas innée,
Mais c'est avec fierté que j'ouvris ta tanière.
 
Alors affectueux, comprenant tous mes gestes,
Pas besoin de paroles comme dans le genre humain,
Intelligence, vigueur, sont bien sûr sans conteste,
L'apanage de ta race, en France grâce aux marins.
 
Avec le camping-car, on a bien voyagé,
Et comme tu aimes l'eau toi mon beau labrador,
J'ai parcouru les plages et des bâtons lancés
Et même vu dans tes yeux danser des paillettes d'or.
 
Voilà déjà dix ans que l'on fait route ensemble,
On ne s'est pas choisis, on nous a réunis,
Un cadeau de la vie c'est cela il me semble,
Aussi à mes trois filles, disons un grand MERCI !
    
 
Valentine        
 
 
  
Ô  noir désir !
  
 
Tu soulages mes peines, et calmes mes colères,
 
Me donnes réconfort tout en te dégustant,
 
Certains te trouvent doux, d'autres un peu amer,
 
Quant à moi, j'en salive, désir impénitent.
  
 
Lorsque soudain me vient, une envie si pressante,
 
De sentir dans ma bouche, cet intense plaisir,
 
Que toi, petit carré, chose bien innocente,
 
Procure à mon palais, sans me faire rougir.
 
 
Notre relation est, pour te dire passionnée,
 
Depuis que toute petite, ta saveur j'ai goûtée,
 
C'est peut-être pour cela, que loin d'être modérée,
 
La jouissance est là, bien que passent les années.
 
 
Combien de soin, d'amour, avant que la cabosse,
 
Fruit de ton arbre mère, devienne unie, brillante,
 
Et d'un coup sec se brise, pour un plaisir de gosse,
 
Fondant sans empâter, mes papilles accueillantes.
 
 
Oui toi, ô noir désir, je t'aime et tu le sens,
 
Quant à toute heure du jour, je ne compte point mes pas,
 
Pour te croquer un peu, et ce que je ressens,
 
Identique à l'amour, est pour toi, chocolat !
 
Valentine  
                
 
 
 
En demi-teinte
 
 
Depuis combien de jour n'ai-je donc pas tracé,
 
Seulement quelques lignes sur un bout de papier ?
 
Des mots, ô simples mots, pas une panacée,
 
Un baume pour le cœur, un moyen d'oublier.
 
 
Seulement quelques lignes sur un bout de papier,
 
Pour alléger ma peine et assécher mes pleurs,
 
Un baume pour le cœur, un moyen d'oublier
 
Les coups durs de la vie qui ne sont pas des fleurs.
 
 
Pour alléger ma peine et assécher mes pleurs,
 
Ne plus voir les nuages, mais un ciel pleur azur,
 
Les coups durs de la vie qui ne sont pas des fleurs,
 
Bientôt s'effaceront au fur et à mesure.
 
 
Ne plus voir les nuages, mais un ciel bleu azur,
 
Oui le rêve revient là, redonne le moral,
 
Bientôt s'effaceront au fur et à mesure
 
Les abjects moments, s'en iront en spirale.
 
 
Oui le rêve revient là, redonne le moral,
 
Et puis le goût des mots, peu à peu à ma bouche,
 
Les abjects moments s'en iront en spirale,
 
Afin que restent seuls, les mots, les mots qui touchent.
 
 
Et puis le goût des mots peu à peu à ma bouche
 
Glisseront doucement noircir le blanc papier,
 
Afin que restent seuls, les mots, les mots qui touchent
 
Pour toujours imprimés sur un précieux cahier.
 
 
Glisseront doucement noircir le blanc papier,
 
Sentiments déposés, mais jamais prononcés,
 
Pour toujours imprimés sur un précieux cahier,
 
Depuis combien de jour, en avais-je tracés ?  
 
Valentine
 
 
 
PETITE FILLE AUX YEUX MUTINS
 
Juchée sur le fauteuil et dominant son monde

Elle scrute sur l'écran son film préféré,

Sa couverture laineuse dans ses petites mains rondes

Vite sur son visage, un moment apeuré.

 

Car elle connaît par coeur, l'instant fatal où gronde

L'abominable sorcière aux ongles acérés,

Poursuivant, ô malheur, figure furibonde,

Les cent un petits chiens, par elle tant adorés.

 

Et je la suis des yeux, goûtant avec bonheur

Son adorable frimousse et ses yeux enjoleurs,

Je vois alors son père, même âge diablotin.

 

Il était tout comme elle, rieur et facétieux,

Mais les ans l'ont changé, triste et silencieux.

Aussi ma petite fille, garde tes yeux mutins

 
Valentine
 
 
 
PLAISIR DE L'ÂTRE
 
Le feu est allumé, dans notre cheminée,
Dehors il fait très froid, l'hiver va être là,
Et dans cet intérieur, à l'atmosphère feutrée,
Il me plaît à rêver, au fond d'un vieux sofa.
 
De la chaleur de l'âtre, ô douceur bienfaisante !
Couleurs multicolores, craquements secs et brefs,
Attirent mes yeux songeurs, vers les flammes caressantes,
Qui lèchent, pénètrent et brûlent, les bûches sans grief.
 
On dirait des danseuses, qui pour me rendre hommage,
Ont mis leurs plus belles robes, jaunes, bleutées, rouges, orange.
Les couleurs se mélangent, aspirées au tirage,
S'élèvent vivement, dans un ballet étrange.
 
Spectacle reposant où la magie opère,
Secondes, minutes, heures, plus de notion de temps.
Seul le souffle du vent, à l'extérieur tempère,
L'enthousiasme, le bonheur, la féerie du moment.
 
Puis petit à petit, la braise s'amenuise,
Me tirant doucement, d'un état duveteux,
Il ne fait pas frisquet, mais que plus rien ne luise,
Me réveille tout à fait, non pour un pas de deux.
 
Et dans le grand panier, à la place du chêne,
Qui dans cette journée, a déjà bien donné,
Je prends du châtaignier, ce n'est pas de l'ébène,
Pour finir la soirée, en symphonie chantée !
 
Valentine
  
 
 
Ambiance de chasse
 
Les brumes du matin annoncent déjà l'automne,
L'été tire à sa fin, cycle immuable des saisons,
Les chiens tout excités, la truffe qui frissonne, 
Sentent arriver le jour de nouveaux horizons.
 
Les hommes avec amour ont briqué les canons
Des fusils, relégués, depuis la fermeture,
Et sorti l'attirail du petit cabanon,
Cartouchière, gibecière, en avant l'aventure !
 
Jéricho ne tient plus, a dormi d'un seul œil,
Et sitôt le voile noir de la nuit retiré,
Sent des ailes lui pousser, comme tous ses aïeuls,
L'aventure de la chasse est celle des Puy Hervé.
 
J'entends encore le bruit, du départ fait ensemble,
Le chien tirait le maître, puis s'ouvrait le collier ;
L'odorat attisé par le gibier qui tremble,
Tandis que je sombrais la tête sur l'oreiller. 
 
En fin d'après-midi, chien et homme fourbus
Regagnaient la maison, soûlés par le grand air,
Et l'on faisait le compte du gibier abattu,
N'ayant pas eu le temps d'une dernière prière.
 
Le tableau était beau, presque jamais bredouilles,
Les hommes alignaient, des perdrix et lapins,
Faisans au beau plumage, dont la triste dépouille,
Me laisse un goût amer de ce jour si lointain.
 
Valentine
 
 
 
Pour le plaisir des mots
 
 
Parmi les herbes folles dans la montagne en fleurs,
Respirant pleins poumons, pour mieux jouir du moment,
Enivrée par l'air pur qui nous manque tant ailleurs,
Toujours, feuille et crayon, sont là naturellement.
 
Pour saisir à l'instant, ô l'idée si fugace,
Prise au filet d'un coup, comme un beau papillon,
Et couchée sur papier avant qu'elle ne s'efface,
Comme elle était venue en un grand tourbillon.
 
Arrivée au sommet, après bien des efforts,
Regardant alentour, la vue qui s'offre à moi,
Pose  mon sac à dos, pas besoin de confort,
Bonheur à l'état pur, je note mes émois.
 
Telle Diane chasseresse, dénicheuse de beaux mots,
Prends un malin plaisir à les saisir au vol,
De ce beau belvédère  planant loin de tous maux,
Spectacle pour les yeux, bien peu pour la parole.
 
Tête pleine de grand air, engrange sensations,
Nourriture de l'esprit, pour hiver et froidure,
Et redescends sur terre, jouer ma partition
Pour le plaisir des mots, sans aucune mesure.
 
Valentine
 
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22/01/2006